Dur, dur, d’être un Légume de France!

Aujourd’hui, grande première pour moi, je me rend au salon de l’Agriculture!

A peine rentré que déjà l’odeur d’étable me chatouille les narines: pas de doute possible, j’y suis! Je traverse le pavillon ou se trouve de fort belle bêtes d’exposition…. une envie me prend de flatter les croupes et de tâter du pis tel un politicien en parade, mais à la vue des panneaux  » défense de toucher », je me ravise et file tout droit. Je m’arrête alors sur le stand  Légumes de France. Moi qui privilégie les produits nationaux de saison au supermarché, je suis curieux d’en savoir plus.

J’y rencontre une agricultrice bretonne fort sympathique, qui cultive des tomates ( 2 variétés) sur exploitation de 3,5 hectares et qui me vante tout naturellement les qualités de sa production. Représentée par un groupement de producteurs, elle est ensuite commercialisée par la grande distribution: le schéma classique.

Mais à l’aube de 2010, les temps sont durs. Elle déplore une baisse de revenu de 30% pour 2009 causée par la baisse des prix d’achat de la grande distribution. Celle-ci est due à la concurrence de certains autre pays dont le Maroc et l’Espagne qui tire les prix vers le bas en vendant jusqu’à deux fois moins cher. Ce phénomène entraîne la disparition des petits maraîchers, moins compétitifs.

Mon interlocutrice a pourtant mis en place une culture technique en serre dans du substrat de coco avec fertilisants et traitements chimiques (2 traitements fongicides annuels), orientée vers la productivité et relativement polluante ( l’eau est ensuite récupérée pour la culture de céréale, mais termine bien dans le sol, puis les nappes phréatiques). Quand je lui demande s’il n’y a pas un risque pour la vie du sol et pour la pérennité de son exploitation, elle me rétorque qu’elle respecte les cahiers des charges et les nombreux contrôles qui font partis des plus sévères en Europe, ce que je crois volontier, mais qui ne répond pas vraiment à ma question.

Au fil de notre conversation, je commence à comprendre ce qui fait la difficulté du problème: la différence entre les 2 produits n’est finalement pas si évidente que ça pour les consommateurs! Du côté sanitaire et écologique, même si les normes sont plus strictes en France (bien qu’ encore insuffisante à mon avis de consommateur), il est impossible de le savoir dans un supermarché qui ne communique pas sur ce genre de sujet par peur de dissuader les clients. Côté gustatif, avec une production hors sol relativement chimique du coté producteur français, et des conditions de conservation et de mise en vente par la grande distribution qui nivellent le goût vers le bas, la différence est quasiment nulle. Pas de quoi justifier la différence de prix.

Au jeu de la compétitivité à tout prix, il semble que la France ai peu de chance de l’emporter, d’autant plus que l’Union Européenne a passé un accord en novembre dernier pour augmenter les quotas d’importation de tomate marocaines. Ça tombe bien pour une bonne partie des consommateurs qui se soucient de plus en plus de l’aspect gustatif, sanitaire et écologique de leur nourriture que d’avoir le prix le plus bas à n’importe quelle conditions. Le qualitatif semble être la meilleure porte de sortie pour nos agriculteurs moribonds. Et faire du bio? ai-je conclut à mon agréable agricultrice bretonne. J’y pense me répond-elle….

Dur, dur, d’être un Légume de France!
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2 commentaires

  1. En plus du prix, les tomates marocaines peuvent même s’avérer meilleures.

  2. Excellent article, ça ne donne plus envie d’acheter autre chose que des tomates bio ou d’utiliser lepotiron.fr :)

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